L'arbitraire
Idée générale
L'arbitraire désigne ce qui repose sur une décision, un choix ou une règle qui ne se justifie pas par une nécessité interne évidente.
Le mot peut avoir deux sens proches mais distincts :
- ce qui est sans fondement suffisant ou sans raison apparente ;
- ce qui dépend d'une décision posée de l'extérieur plutôt que d'une logique propre.
L'arbitraire n'est donc pas simplement le hasard. Le hasard relève de l'imprévu ; l'arbitraire relève souvent d'un choix, d'une convention ou d'un pouvoir qui pourrait décider autrement sans devoir rendre des comptes à une nécessité claire.
Ce que l'arbitraire n'est pas
Il faut éviter de confondre l'arbitraire avec plusieurs notions voisines.
- Le hasard : ce qui arrive de façon imprévisible ou contingente.
- La nécessité : ce qui s'impose par logique, par loi ou par structure.
- La liberté : un choix n'est pas arbitraire du seul fait qu'il est libre ; il peut être réfléchi, motivé, argumenté.
- La convention : une règle peut être convenue sans être absurde ni injustifiée.
Une règle de grammaire, un code couleur ou une tradition artistique peuvent être conventionnels sans être arbitraires : ils sont posés par usage, mais ils répondent à une fonction commune.
Tout ce qui n'est pas nécessaire n'est pas arbitraire. Entre la nécessité absolue et l'arbitraire pur, il existe beaucoup de degrés de motivation, de choix et de contexte.
Arbitraire et nécessité
L'arbitraire se comprend souvent par contraste avec la nécessité.
- Dans un système logique, une conclusion n'est pas arbitraire si elle découle des prémisses.
- Dans un système de signes, un lien entre forme et sens peut être conventionnel sans être arbitraire s'il reste stabilisé par un usage partagé.
- Dans une institution, une décision est moins arbitraire si elle peut être justifiée publiquement.
En mathématiques, si une règle est acceptée, le résultat n'est pas arbitraire : il s'impose à partir des hypothèses. C'est précisément ce qui donne à l'implacabilité mathématique son caractère non arbitraire.
L'arbitraire apparaît quand un choix semble ne répondre qu'à lui-même, sans raison intelligible ou sans nécessité reconnue.
Arbitraire et pouvoir
L'arbitraire prend souvent un sens critique quand il est lié au pouvoir.
- Une décision arbitraire est une décision imposée sans justification suffisante.
- Une autorité arbitraire décide sans règle stable ou sans contrôle.
- Une forme arbitraire peut être perçue comme capricieuse, imprévisible ou opaque.
Un jugement rendu sans explication peut être ressenti comme arbitraire, non parce qu'il est faux en soi, mais parce qu'il n'expose pas les raisons qui le fondent.
Dans ce sens, l'arbitraire n'est pas seulement une question de goût. C'est une question de légitimité : qu'est-ce qui autorise une forme, une règle ou une décision ?
En philosophie
La notion d'arbitraire sert à interroger la validité des choix humains.
- Un choix est-il arbitraire s'il n'est pas démontré ?
- Une règle sociale est-elle arbitraire parce qu'elle est historique ?
- Une décision politique peut-elle être libre sans être arbitraire ?
La philosophie essaie souvent de distinguer la simple contingence d'un choix de son éventuel caractère arbitraire. Une décision peut être contingente, c'est-à-dire située et révisable, sans être irrationnelle.
Choisir une langue commune, une monnaie ou une forme de représentation peut relever d'une convention. Cela ne devient arbitraire que si la convention n'est plus pensée comme utile, discutée ou partageable.
En science et en mathématiques
Dans les sciences et les mathématiques, l'arbitraire est généralement ce qu'on tente de réduire.
- En mathématiques, les axiomes peuvent être posés arbitrairement au départ, mais la déduction qui suit ne l'est plus.
- En science, les modèles doivent éviter l'arbitraire en s'appuyant sur l'observation, la mesure et la vérification.
- Dans les probabilités, le hasard n'est pas arbitraire : il obéit à des lois statistiques.
Le choix d'un système d'axiomes peut être au départ conventionnel ; en revanche, une fois le système posé, les conséquences ne sont plus arbitraires. Elles résultent de la structure choisie.
L'arbitraire mathématique ou scientifique apparaît surtout quand on ajoute une règle sans nécessité, sans cohérence ou sans justification dans le cadre considéré.
En art
Dans l'art, l'arbitraire a deux faces.
- Il peut être perçu négativement, comme le contraire de la justesse, de la cohérence ou de la nécessité interne.
- Il peut aussi être revendiqué positivement, quand l'œuvre refuse la vraisemblance ou libère la couleur, la forme et l'association d'idées.
Le fauvisme a pu être décrit comme un art de la couleur pure, arbitraire et expressive : la couleur ne copie pas le réel, elle affirme sa propre logique. Dans un collage dada, l'assemblage peut sembler arbitraire au départ, mais il peut produire une forme de nécessité visuelle une fois l'œuvre constituée.
Dans les arts visuels, on parle d'arbitraire quand un choix de forme semble gratuit. Mais un effet gratuit peut être assumé comme style, si l'œuvre construit sa propre cohérence.
Arbitraire, hasard et nécessité
L'arbitraire se situe souvent entre hasard et nécessité.
- Le hasard produit l'imprévu.
- La nécessité produit l'enchaînement justifié.
- L'arbitraire produit un choix qui pourrait être autre, sans qu'une raison claire le rende nécessaire.
Une photographie prise au hasard d'une rencontre de rue n'est pas arbitraire : elle relève de l'imprévu. En revanche, une retouche ajoutée sans cohérence ni nécessité peut donner une impression d'arbitraire.
Arbitraire et implacabilité
L'arbitraire et l'implacabilité sont presque opposés.
- L'arbitraire introduit l'impression d'un choix posé sans nécessité.
- L'implacabilité introduit au contraire l'impression qu'une forme, une logique ou une structure ne laisse pas d'écart gratuit.
Une composition très réglée, avec des symétries strictes et une logique formelle forte, peut paraître implacable précisément parce qu'elle exclut l'arbitraire.
Ce que l'arbitraire révèle
La notion d'arbitraire permet de mieux voir :
- la différence entre choix libre et choix injustifié ;
- la force des conventions quand elles sont partagées ;
- la valeur des formes qui semblent nécessaires parce qu'elles sont cohérentes ;
- la tension permanente entre décision humaine, loi, règle et imprévu.
Voir aussi
→ Voir aussi : Hasard et nécessité → Voir aussi : Implacabilité mathématique → Voir aussi : L'implacable dans l'art → Voir aussi : Art moderne (peinture et arts plastiques) → Voir aussi : Le Beau dans l'art → Voir aussi : La Vérité dans l'art (peinture et photographie)