Romantisme (peinture et littérature)
Définition générale
- Le romantisme est un mouvement européen (fin XVIIIe – milieu XIXe siècle), né en littérature en Allemagne et en Angleterre, puis gagnant la peinture et les autres arts.
- Il rompt avec le Classicisme et la Raison.
- Primauté du sentiment et de l'individu : l'émotion, la subjectivité et l'imagination priment sur la règle et la raison.
Traits communs (problématique générale)
- Fascination pour la nature sublime : grandiose, sauvage, écrasante, reflet des passions.
- Nostalgie du passé et goût du Moyen Âge : ruines, légendes, chevalerie, histoire nationale.
- L'artiste comme génie tourmenté : marginal, incompris, visionnaire.
- Tension entre l'idéal et la réalité : désir d'absolu, mélancolie, sentiment d'inachèvement.
- Le mal du siècle : ennui, désillusion, spleen d'une génération sans repères.
Littérature
- Figures clés :
- Victor Hugo (1802-1885) : chef de file français. Préface de Cromwell (1827), Hernani (1830), Notre-Dame de Paris, Les Misérables, Les Contemplations.
- Lord Byron (1788-1824) : le héros byronien — sombre, rebelle, fatal, passionné.
- Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) : Les Souffrances du jeune Werther (1774), Faust ; figure du Sturm und Drang.
- Novalis (1772-1801) : Hymnes à la nuit ; mysticisme et nostalgie du Moyen Âge.
- Alphonse de Lamartine (1790-1869) : Méditations poétiques (1820), date souvent retenue comme acte de naissance du romantisme français.
- Thèmes : le mal du siècle, héros sombres et rebelles, amour absolu et tragique, nature miroir de l'âme (le paysage comme état intérieur).
- Formes : roman historique (Walter Scott), poésie lyrique (élégie, méditation), drame romantique (refus des unités classiques, mélange des genres).
Peinture
En peinture, le romantisme (fin XVIIIe – milieu XIXe siècle) privilégie l'expression des émotions, la subjectivité, le goût du mystère et du sublime, ainsi qu'une nature souvent tourmentée. Il rompt avec l'académisme néoclassique : couleurs vives et vibrantes, touche visible et empâtée, compositions dynamiques en diagonale, clair-obscur dramatique. Les thèmes récurrents : paysages sublimes, ruines médiévales, exotisme oriental, drame contemporain, cauchemar et fantastique.
France
- Théodore Géricault (1791-1824) — Pionnier du romantisme français. Peintre du drame et de l'héroïsme collectif, de la souffrance et des corps en mouvement. Touche onctueuse et épaisse, composition en diagonale et contre-plongée, clair-obscur inspiré du Caravage. Œuvres clés : Le Radeau de la Méduse (1819), L'Officier de chasseurs chargeant, les portraits d'aliénés. Mort prématurément, il reste un modèle pour la génération suivante.
- Eugène Delacroix (1798-1863) — Chef de file du romantisme français. « Peintre des couleurs et des passions » : palette riche et sensuelle, coups de pinceau expressifs, compositions dynamiques et mouvementées. Sujets littéraires (Dante, Byron, Shakespeare) et exotiques après son voyage au Maroc (1832). Œuvres clés : La Liberté guidant le peuple (1830), La Mort de Sardanapale (1827), Les Massacres de Scio (1824), Les Femmes d'Alger.
- Antoine-Jean Gros (1771-1835) — Élève de David, chantre de l'épopée napoléonienne (Napoléon au pont d'Arcole). À mi-chemin entre néoclassicisme et romantisme par sa facture libre et dramatique.
- Anne-Louis Girodet (1767-1824) — Élève de David qui s'éloigne du maître : jeux d'ombres et de lumières, mélancolie et mysticisme. Œuvre clé : Les Funérailles d'Atala (1808), inspirée de Chateaubriand.
- Théodore Rousseau (1812-1867) — Paysagiste, figure de l'École de Barbizon. Rendu fidèle de l'atmosphère, personnages suggérés par des touches de couleur. Œuvre clé : Groupe de chênes à Apremont.
Angleterre
- J.M.W. Turner (1775-1851) — « Peintre de la lumière ». Dissout les formes du paysage dans des tourbillons de couleurs lumineuses, jusqu'à des compositions quasi abstraites annonçant l'impressionnisme. Fasciné par la violence des éléments (tempêtes, incendies, déluges). Œuvres clés : Pluie, vapeur et vitesse, Lumière et couleur : le matin après le Déluge (1843).
- John Constable (1776-1837) — Paysagiste attaché à sa région natale (le Suffolk). Peint d'après nature pour saisir les effets transitoires de la lumière et de l'atmosphère ; rendu pictural variant selon les textures, études de nuages précises. Influença Delacroix et les Français. Œuvre clé : La Cathédrale de Salisbury.
- William Blake (1757-1827) — Poète, peintre et graveur visionnaire, habité par des visions bibliques et littéraires. Graphisme fantastique, couleurs irréelles, souffle mystique. Annonce l'Art nouveau.
- Johann Heinrich Füssli (1741-1825) — Suisse installé en Angleterre. Préromantique « génie torrentiel » : fonds ténébreux, corps violemment éclairés, trait fougueux, inspiré de Shakespeare et Milton. Œuvre clé : Le Cauchemar (1781).
- John Martin (1789-1854) — Peintre de cataclysmes et de paysages apocalyptiques, de montagnes et d'abîmes terrifiants, très populaire en son temps.
Allemagne
- Caspar David Friedrich (1774-1840) — Figure majeure du romantisme allemand. Paysage comme allégorie de l'âme : personnages minuscules confrontés à l'immensité de la nature, lumière froide et translucide, sentiment de solitude et d'infini. Œuvres clés : Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages, Le Retable de Tetschen (1808).
- Philipp Otto Runge (1777-1810) — Ami de Friedrich, mystique et théoricien de la couleur (Sphère des couleurs, en lien avec Goethe). Personnifie les forces de la nature, recherche de l'œuvre d'art totale (Les Heures du jour).
Espagne
- Francisco de Goya (1746-1828) — Peintre inclassable, précurseur du romantisme. Touche libre et visible, déformation des corps, thèmes du cauchemar, de la sorcellerie et de la guerre. Inspiré par Vélasquez et Rembrandt. Œuvres clés : Le Sommeil de la raison (1799), les Peintures noires (1819-1823, dont Saturne dévorant un de ses fils).
Italie
- Francesco Hayez (1791-1882) — Principal représentant du romantisme historique italien. Sujets patriotiques tirés de l'histoire italienne, couleurs vives, accents sentimentaux. Œuvres clés : Le Baiser (1859), Les Vêpres siciliennes (1846).
Photographie et romantisme
- La photographie naît vers 1839 (Daguerre, Niépce), à l'apogée du romantisme.
- Effet sur la peinture romantique : en assumant la reproduction du réel, elle libère la peinture de cette obligation et la pousse vers l'expressivité et l'abstraction.
- Usages romantiques de la photographie : portrait mélancolique, paysages sublimes, documentation des ruines (voyages, Orient, Moyen Âge).
Courants liés et opposés
- Classicisme : opposition directe — raison contre émotion, règle contre liberté, Ingres contre Delacroix (cf. la fiche classicisme).
- Réalisme et naturalisme : réaction au romantisme — refus de l'idéalisation, retour au réel contemporain (cf. la fiche realisme_naturalisme).
- Symbolisme : héritier du romantisme — intériorité, mystère, suggestion (cf. la fiche symbolisme).
- Préraphaélisme : retour aux idéaux médiévaux romantiques (cf. la fiche preraphaelisme).
- Impressionnisme : capture du fugace comme le romantisme, mais méthode objective (cf. la fiche impressionnisme).
Conclusion
Le romantisme est la matrice des mouvements du XIXe siècle : tous réagissent à lui, soit en le prolongeant (symbolisme, préraphaélisme), soit en s'y opposant (classicisme, réalisme, naturalisme). → Voir aussi : Peintres naturalistes (et réalistes) → Voir aussi : Réalisme et naturalisme (peinture et littérature) → Voir aussi : Classicisme (arts) → Voir aussi : Symbolisme (littérature et peinture) → Voir aussi : Préraphaélisme (Angleterre) → Voir aussi : Impressionnisme (peinture) → Voir aussi : Photographie, réalisme et naturalisme → Voir aussi : Le Beau dans l'art → Voir aussi : Le Banal dans l'art → Voir aussi : Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (thème littéraire) → Voir aussi : L'inexorable → Voir aussi : Le style de Maria Chapdelaine : réalisme, naturalisme et idéalisme